Occult Features of Anarchism (2019) est maintenant publié en français aux Éditions Remue-Ménage sous le titre Anarchisme occulte (2022), traduit par Valérie Lefebvre-Faucher et combiné avec l’essai « Le commérage comme action directe » (Lagalisse, 2013) originalement trouvé dans le livre Contesting Publics : Feminism, Activism, Ethnography (Pluto: 2013).
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Voici un essai sur le livre en français, « Entre conspiration des rois et occultisme anarchiste » (Multitudes, no. 91, 2023), traduction libre du « The Conspiracy of Kings, Class War and the Coronavirus » (Dope, no. 10, 2020).
Voir les critiques de livre en anglais: LSE Review of Books, Gods & Radicals Press, Reason, Pop Matters, Ignota Books of the Year et le Marx and Philosophy Review of Books.
RÉSUMÉ du livre
Au 19e siècle les anarchistes sont accusés de conspiration par des gouvernements qui craignent la révolution, mais au début du 21e siècle, certaines théories du complot suggèrent que les anarchistes sont contrôlés par le gouvernement lui-même.
Les Illuminati formaient un réseau d’intellectuels qui plaidaient en faveur d’un gouvernement autonome et contre la propriété privée. Pourtant, on raconte aujourd’hui au public que ce groupe contrôle depuis longtemps les gouvernements et défend la propriété privée dans le monde.
Lagalisse d’inspire de sources directes et indirectes en plusieurs langues pour corriger l’image de la gauche à travers cette désinformation. Elle souligne l’authentique relation entre le révolutionnisme, la philosophie panthéiste occulte et la fraternité secrète : les exigences de la respectabilité de classe ont jusqu’à présent amené les gauchistes professionnels à ignorer en grande partie la théorie du complot. Cependant, les théories néofascistes de l’histoire prennent de l’ampleur avec cette attitude.
En explorant les correspondances cachées entre l’anarchisme, la magie de la Renaissance et les mouvements du Nouvel âge, Lagalisse fait progresser la recherche universitaire sur les liens gauchistes envers la politique traditionnelle, où l’on retrouve simplement une forme de théologie érigée en mythe.
S’inspirant de recherches anthropologiques sur les mouvements anarchistes contemporains, ce livre questionne l’athéisme anarchiste puisqu’il pose des problèmes pratiques dans la politique de coalition au 21e siècle. Cartographier l’anarchie chez les peuples autochtones est un projet anarchiste en vogue. À charge de revanche, la solidarité anticoloniale exige la reconnaissance de l’anarchisme comme un « isme » distinct basé sur sa pratique historique.
Lagalisse, étudiant l’histoire de l’anarchisme, démontre aussi comment l’élaboration de la théorie de la gauche et sa pratique dans les sphères masculines publiques et privées informe encore la vision anarchiste du « politique » au 21e siècle, selon laquelle l’oppression de l’homme par l’état devient le standard du pouvoir.
Les lecteurs apprennent que le genre et la religion sont privatisés dans la contre-culture radicale, ce processus historique étant en confrontation dialectique avec la privatisation du genre et de la religion par l’état-nation moderne (Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut).
PRÉFACE de la version française (ecrit par Erica Lagalisse, mars 2022):
Quand j’ai écrit ce livre, je ne m’attendais pas à ce qu’il cause un tel impact à l’international. Me voici dans une position déconcertante : heureuse d’avoir publié un texte pertinent, mais inquiète qu’une intervention comme la mienne se révèle aussi nécessaire (autant en ce qui concerne les théories du complot que l’anarchisme et le genre, ou encore la politique de classe racialisée à l’œuvre dans ces deux catégories).
Ce livre a intéressé, comme je l’avais anticipé, plusieurs types de lecteurs – des gauchistes et des adeptes du Nouvel Âge (dont j’étudie la difficile coexistence), des féministes lassées des hommes anarchistes qui croient tout savoir sur le pouvoir, des gens intéressés par les théories du complot ou cherchant à les contrer. Des événements marquent actuellement l’Amérique du Nord, la Grèce, l’Italie ou la France (pays de publication), mais ce livre a exposé partout l’opposition entre les militantes de gauche et les mouvements néofascistes émergents. Depuis toujours, elles essaient de prouver que la nature et l’histoire sont de leur côté, tout en s’appropriant le pouvoir symbolique de la transformation sociale « magique », de diverses manières. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Depuis 2020, on me demande aussi de parler de théories du complot en lien avec la pandémie de COVID-19. Quand j’ai commencé cette recherche en 2006, je voyais que les militantes de gauche ignoraient les adhérents potentiels et sous-estimaient le potentiel des populismes de droite en pathologisant les « truthers » qui se présentaient à leurs rassemblements en proclamant que « le 11 Septembre était un complot interne ».
Aujourd’hui, cet air du temps est « post-vérité » et les théories du complot actuelles sont encore plus lamentable que celles de « Zeitgeist : The Movie » (2007). Sans égard aux conséquences, ce livre conçu comme une mise en garde comprend aussi un mode d’emploi. Mon analyse du mécanisme de la « bonne gouvernance” inhérent à la gauche d’Amérique du Nord est encore bonne, mais les enjeux se sont multipliés. La gauche militante démontre à maintes occasions la crainte de s’opposer à l’autorité car la rhétorique des critiques de la « santé publique » est associée désormais aux fascistes, aux complotistes ou aux deux. Aucun gauchiste qui se respecte ne peut être associé à ce discours.
Comparé à mes propos sur les théories du complot, ma critique féministe intersectionnelle de l’anarchisme a reçu peu d’attention. Voilà pourquoi je suis heureuse d’avoir réalisé cette traduction aux Éditions du remue-ménage, qui ont ajouté au texte « Le commérage comme action directe », une étude ethnographique antérieure. Cet essai dresse un portrait plus précis du militantisme zapatiste qui forme la base ethnographique d’« Anarchisme occulte ». Dans ce texte, j’expose les débats féministes dans la construction d’espaces « publics/privés » pour démontrer le fonctionnement peut-être inconscient des anarchistes dans une logique d’État. Après le XIXe siècle, la dialectique historique entre souveraineté d’État et autonomie anarchiste, de même que celle entre politiques genrées de production et savoir anarchiste se sont poursuivies.
C’est d’ailleurs cette analyse féministe intersectionnelle des collectifs anarchistes contemporains ainsi que de leur rejet de la subjectivité politique des militantes autochtones qui a inspiré ma recherche historique au départ. La division public/privé est la même, qu’on l’applique à la politique et la religion ou à la vie publique et la vie domestique.
Je suis également ravie d’intégrer « Le commérage comme action directe » dans ce livre parce que ce récit se passe à Montréal, l’un des endroits où, je l’espère, cette traduction française sera appréciée. Comme je viens moi-même de Montréal, c’est une joie (et un soulagement) que ce livre et cet essai soient désormais accessibles en français comme en anglais. J’attends avec impatience la réaction des lecteurs francophones à l’étranger et j’espère pouvoir en témoigner. Après cette incursion sur le net pendant deux ans, j’ai quelques ajouts à faire sur le pouvoir éventuel de l’ »occulte ».
Si les militantes de Montréal dont il est question dans mon livre dédaignaient Dieu ainsi que les hippies, les anarchistes qui assistaient à mes prestations en Californie avaient leurs s autels domestiques. En Angleterre, des anarchistes néopaïen m’ont enseigné la magie du chaos. En Europe, je fréquente des festivals psytrance et des centres sociaux anarchistes. J’espère que mes mots favoriseront la compréhension et la coalition entre les anarchistes et les autres membres de cette gauche fragmentée, pour mieux confronter l’ordre capitaliste en expansion brutale et les fascistes qui se plaisent à semer le désespoir et l’illusion de séparation. Peu importe nos identités, que nous soyons catholiques, sorcières rebelles ou adorateurs de la barbe de Bakounine, nous devons œuvrer ensemble – non pas pour être assimilés et reconnus dans l’ordre néolibéral mondial, mais pour le détruire.
